Pourquoi un livre sur Michel Sardou ?

Si j’avais le talent de créer des chansons à sa mesure, je l’aurais fait. Si j’avais la légitimité de le manager – si tant est que l’on puisse manager Michel Sardou –, je le ferais. Mais je ne suis ni Pierre (pas plus Billon que Delanoë), ni Paul (Meurisse, son parrain, qui lui avait conseillé de se diriger vers le théâtre – « un vrai métier ! » – dès ses débuts), ni Jacques (Revaux ou Veneruso). Là, on ne parle pas de n’importe qui. Je n’ai pas, non plus, les qualités pour l’accompagner sur scène, lui écrire une pièce, ou même la produire. 

Et pourtant, du haut de mes vingt-six ans, mon rêve est de concevoir un projet autour de Michel Sardou. D’apporter ma – minuscule et modeste – pierre à l’immense édifice qu’il bâtit depuis plus de cinquante ans. Très vite, l’idée d’un livre – au contenu singulier et nouveau – m’est venue… 

Pourquoi Regards

Au début de l’été 2017, j’ai envoyé un premier jet à son entourage professionnel. Dans les semaines qui suivent, coup de fil : « Allo, c’est Michel Sardou. Je ne veux plus de livre sur moi ! On en a assez fait ! » Forcément, ça secoue. Malgré tout, quelques jours plus tard, il accepte de me recevoir : « Il faut que tu trouves un biais original. Tu peux y arriver. Creuse-toi la tête, ça vaut le coup ! »  Sardou tel qu’en lui-même : cash et bienveillant. 

 

Pendant cette conversation, il m’a répété la mise en garde de Louis Jouvet au jeune homme qui souhaitait devenir comédien : « Le théâtre, ce n’est pas ce qu’on croit... ». Tout comme Sardou n'est pas – j'en ai l'intime conviction – celui qu'on croit, ou que certains se figurent. Je le devine multiple, parfois déroutant, souvent insaisissable, et c’est ce que je souhaite montrer, sans toutefois briser certains mystères, ni dévoiler son intimité. J’aimerais simplement révéler, par le biais de témoignages inédits, des aspects méconnus de son parcours. 

D’oublis (volontaires) en contradictions (délibérées), Michel Sardou a finalement peu livré de lui-même, eu égard aux innombrables interviews consenties tout au long de sa carrière. D’ailleurs, je ne crois pas que l’on puisse la résumer en quelques qualitatifs (ou en chiffres), pas plus d’ailleurs que sa personnalité. Les deux sont trop riches, forcément complexes. Un portrait définitif semble donc illusoire : il a tant d’activités, de passions, d’envies...

Puisqu’il n’apprécie pas se confier, j’ai pensé qu’il serait original de proposer à ceux qui l’ont accompagné – dans des circonstances diverses – de poser leur regard sur lui – à travers des souvenirs, des anecdotes... – pour former, ainsi, un immense portrait, riche et pluriel : le plus fidèle de tous.

Bastien.